|
LA BATAILLE DU BOIS DE PULPE
Lors du congrès régional de l'UCC de 1940, tenu à Lac-Mégantic, les membres présents soulignent le fait que le bois de pulpe pourrait procurer un revenu considérable aux agriculteurs. Les compagnies forestières s'enrichissent en effet sur le dos des cultivateurs en leur payant seulement 6 ou 7 $ la corde de bois livré. L'année suivante, au congrès de La Patrie, les agriculteurs exigent que le ministère de la Colonisation fasse une enquête sur les prix payés aux colons pour le bois de pulpe. En mars 1943, le cercle local de Rock Forest vote une résolution afin que la prime d'un dollar, accordée pour chaque corde de bois d'un volume de 128 pieds cubes, soit accordée au bûcheron et non plus au commerçant, ni au marchand de bois.
Après la Seconde Guerre mondiale, en 1949, certaines entreprises paient toujours le même prix ridicule de six à sept dollars pour la corde de bois alors que d'autres en offrent de 12 $ à 15 $. On demande à la Confédération de l'UCC de faire une enquête sur le commerce du bois.
Les compagnies forestières persistent et conservent l'initiative de négocier les prix du bois avec les producteurs. En 1952, le prix de la tonne de papier journal augmente de 20 dollars. Simultanément, les producteurs voient le prix de la corde de bois baisser de 5 dollars. À l'époque, les moulins de Bromptonville, Windsor Mills et East Angus, reçoivent presque tout leur bois des cultivateurs de la région. En 1960, il est demandé que le prix du bois de pulpe offert aux agriculteurs devienne le même que celui payé par les forestières pour couper le bois des terres de la Couronne. Ce prix est alors fixé à 20 dollars la corde.
LES CHANTIERS COOPÉRATIFS
Le 21 mars 1947, la Fédération de l'UCC de Sherbrooke décide de créer le Comité d'industrie forestière. Deux ans plus tard, la Fédération des chantiers coopératifs de l'UCC de Sherbrooke voit le jour. Le 13 septembre 1949, la Fédération régionale de l'UCC demande aux directeurs des chantiers coopératifs d'envoyer 100 exemplaires de la doctrine sociale de l'Église afin que les bûcherons puissent les lire en équipes d'études.
Pendant plusieurs années, les bûcherons du Chantier coopératif de l'UCC de Sherbrooke passent la saison hivernale à Blind River, un village situé à 160 kilomètres à l'ouest de Sudbury, en Ontario, sur la rive nord du Lac Huron. C'est un endroit où l'on ne retrouve que des camps de bûcherons. En 1963, une cinquantaine de producteurs, tous résidents de l'Estrie, y travaillent. Le contrat, signé avec la compagnie Huron Forest Products, prévoit la coupe d'une quinzaine de millions de pieds de bois par année. L'objet de cette entente comprend aussi la construction et l'entretien des chemins forestiers. Les hommes doivent abattre, haler et transporter le bois coupé par camions à une rivière située à 50 kilomètres des camps.
Suite à de multiples problèmes, telles l'instabilité des prix du bois de sciage et la surtaxe américaine sur les importations, la Fédération des Chantiers coopératifs de l'UCC rend l'âme en 1972.
LE SYNDICAT DES PRODUCTEURS DE BOIS DE L'ESTRIE
Au cours de l'année 1962, les délégués présents au congrès régional de l'UCC votent pour la formation d'un comité provisoire afin d'entreprendre les démarches pour mettre en place et faire voter un plan conjoint en vue d'organiser la vente de bois dans la région. Le président de la Fédération régionale de l'UCC, Philippe Perron, est nommé à la tête dudit comité. Le Syndicat des producteurs de bois de l'Estrie est incorporé en vertu de la Loi des syndicats professionnels le 15 septembre 1962.
Le syndicalisme forestier naissait et se structurait sur le territoire du plan conjoint des producteurs de bois de l'Estrie (Voir la
carte du plan conjoint et les cartes des secteurs
Appalaches,
Haut-Yamaska,
Sommets,
Saint-François et
Wolfe) en particulier face à l'inquiétude des producteurs concernant l'achat massif de lots par les scieries et à un exode rural qui devenait important.
Lors de son assemblée générale du 21 janvier 1964, le Syndicat des producteurs de bois de l'Estrie vote une résolution afin de demander à la Régie des marchés agricoles l'établissement d'un plan conjoint pour les producteurs de la région. Le projet reçoit l'approbation de la Régie. Le syndicat doit alors le soumettre par référendum aux producteurs de bois de l'Estrie. Le plan conjoint est sanctionné par la Régie des marchés agricoles le 28 juillet 1965.
Le 20 janvier 1971, la Régie des marchés agricoles du Québec approuve le règlement de vente de bois en commun du Syndicat des producteurs de bois de l'Estrie. Le règlement entre en vigueur le 1er avril 1971. Le syndicat rencontre ensuite les papetières de la région afin de négocier les conditions de mise en marché du bois pour l'année en cours. Le 14 avril, les acheteurs, que l'on surnomme brokers, forment un groupe de pression afin de faire abolir ce règlement et organisent une assemblée à l'Université de Sherbrooke, où se côtoient des acheteurs et des producteurs. Il y est convenu de faire signer une requête dans le but de renverser le règlement. Le 11 mai 1971, un groupe de producteurs de bois de l'Estrie dépose une pétition à la Régie, demandant l'abolition du règlement. Ce n'est qu'en 1981 que le Syndicat des producteurs de bois de l'Estrie va réussir à obtenir l'accord de la Régie des marchés agricoles pour appliquer son règlement sur l'exclusivité de la vente du bois dans la région.
Le Syndicat des producteurs de bois de l'Estrie met alors tout en œuvre afin de développer le potentiel de la forêt estrienne. En janvier 1978, il engage son premier ingénieur forestier pour s'occuper, entre autres, des dossiers concernant l'aménagement forestier par les groupements forestiers et agricoles des Appalaches, de Wolfe et de celui des Sommets qui doit débuter ses travaux au cours de la prochaine année. Les trois organismes de gestion en commun alors en activité progressent à un rythme soutenu et atteignent leurs objectifs. En octobre, le ministère des Terres et Forêts autorise la formation du groupement forestier Haut-Yamaska.
Dès la fin de l'année 1980, les cinq groupements forestiers de la région possèdent un bilan impressionnant. Plus de 520 acres de terrain improductif ont été aménagés, et plus d'un demi-million d'arbres y ont été plantés et plus de 2500 acres de forêt dégradée ont été traités afin d'améliorer la qualité du boisé. Le gouvernement provincial collabore à ces travaux par des subventions de l'ordre de 750 000 $. Au cours de l'année 1982, le Syndicat des producteurs de bois, les groupements forestiers responsables de l'aménagement ainsi que les papetières Kruger et Domtar forment la compagnie « Reboisement For-Estrie Inc. », une pépinière au service des producteurs estriens. Cette dernière acquiert une ferme à Martinville où elle établit son siège social. Elle y sera en activité pendant dix ans.
En 1990, le gouvernement du Québec parle d'abolir le Programme d'aide à l'aménagement de la forêt privée. Le 4 mai de la même année, une grosse manifestation se déroule à Québec sur la Colline parlementaire pour contester les intentions gouvernementales sur les coupures dans le programme d'aménagement. Ces dernières mettent en péril le fonctionnement des groupements forestiers ainsi que les travaux sylvicoles effectués chaque année afin de régénérer la forêt privée québécoise. Face à cette montée aux barricades des producteurs de bois et de leurs deux organisations, la Fédération des producteurs de bois du Québec (FPBQ) et le Regroupement des sociétés d'aménagement (RESAM), le gouvernement doit réajuster ses compressions budgétaires et les propriétaires ont gain de cause.
En mai 1995, se tient le Sommet sur la forêt privée. Deux estriens, MM. Marius Blais et Yvon Desrosiers, y participent activement en tant que présidents de leurs organisations respectives, la FPBQ et le RESAM. Dans les suites du Sommet, le ministre des Ressources naturelles introduit la Loi sur les forêts, qui prévoit la mise en place d'Agences régionales de mise en valeur des forêts privées dans chacune des régions administratives du Québec. L'agence a pour objet d'orienter et de développer la mise en valeur des forêts privées de son territoire, dans une perspective d'aménagement durable. Elle gère le Programme de mise en valeur des forêts privées. Chacun des partenaires est présent au conseil d'administration qui est formé de représentants du monde municipal, de l'industrie forestière, des propriétaires de boisés et du ministre.
Au fil des ans, les dirigeants du Syndicat des producteurs de bois de l'Estrie ont dû prendre en compte les préoccupations environnementales. Ils ont, en ce sens, adopté une politique de développement durable et contribué à la mise en place des règlements municipaux sur l'abattage d'arbres. Ils ont de plus publié et distribué plusieurs milliers d'exemplaires du Guide des saines pratiques d'intervention en forêt privée en 1994 et en 2001. Aujourd'hui, le Syndicat des producteurs de bois de l'Estrie est un membre actif du COGESAF (Comité de gestion du bassin versant de la rivière Saint-François) et de Paysages estriens ; son président siège aussi au conseil d'administration de la Commission régionale des ressources naturelles et du territoire et à toutes les tables régionales où les intérêts des producteurs de bois doivent être promus et défendus.
| PRÉSIDENTS DU SYNDICAT |
| Philippe Perron |
1964 à 1971 |
| Wells Coates |
1971 à 1985 |
| André Blais |
1985 à 1989 |
| Marius Blais |
1989 à 1995 |
| Jacques Dupont |
1995 à 1998 |
| André Blais |
1998 à 2000 |
| André Roy |
2000 à 2009 |
Bien que les missions et les actions du Syndicat des producteurs de bois de l'Estrie aient grandement évoluées au cours de ses 45 années d'existence, sa présence au cœur de la forêt privée régionale demeure tout aussi indispensable.
|